Posté par Florian Launette - sam 02/06/07
Parfois, un projet vous touche tellement, qu'il transforme irrémédiablement votre existence.
Aujourd'hui, maintenant, je dois avouer que j'ai été le témoin privilégié de ce que l'âme humaine fait de mieux quand elle affronte les flots déchaînés : elle se révèle dans toute son intelligence et sa volonté, ses pensées et son coeur.
Elle métamorphose le corps pour le rendre lumineux.
En octobre 2004, le Professeur Pascal Bonnier m’a proposé de partager un rêve ; son rêve. Celui de réaliser un livre de
En octobre 2004, le Professeur Pascal Bonnier m’a proposé de partager un rêve ; son rêve. Celui de réaliser un livre de vie recueillant les témoignages de femmes affrontant leur cancer du sein.
Devant ce magnifique projet, j’ai immédiatement dit oui. Oui à ce magnifique rêve qui m’était offert de donner l’espoir. Oui à ce vertigineux challenge. Oui à la formidable opportunité qui m’était proposé de rendre hommage à toutes ces femmes courageuses qui sont nos mères, nos compagnes, nos sœurs, nos proches.

J’étais loin d’imaginer, alors, quel long chemin difficile nous allions devoir parcourir pour donner naissance à un ouvrage unique.
Unique, oui. Parce que, voyez vous, dans un monde saturé par des millions d’images de toutes sortes, de toutes natures, il en manquait d’essentielles.

Dans une société ou une femme sur 10 sera atteinte d’un cancer du sein, il n’existait, jusqu'à aujourd’hui, aucun document, aucun ouvrage photographique susceptible de les accompagner pendant et après leur maladie. Aucun outil mis à la disposition des médecins, aucun livre pour accompagner les femmes atteintes dans leur combat contre la maladie. Aucune image pour aider leur proche à les aider.
Cela semblait incroyable, mais personne n’avait pu mettre à la portée des femmes atteintes d’un cancer de telles images. C’était une injustice, il fallait la réparer, combler une attente, un besoin de reconnaissance légitime.Il y avait urgence à dire à toutes ces femmes combien elles comptent pour nous et leur témoigner de tout notre soutien dans leurs combats quotidien : Celui contre la maladie certes, mais aussi dans leur combat à être belles, femmes et différentes.

Bien sur, nous avons été bouleversé et angoissé par l’ampleur de cette responsabilité qui, très vite, s’est imposé.Il a fallu avancer, ensembles, avec le Professeur Pascal Bonnier et toute notre équipe. Et comme chaque une des femmes qui allait être photographiée, il a fallu affronter nos doutes, nos interrogations, mes limites.
Pour réaliser ce livre, vous l’avez compris, je devais capturer leurs portraits.
Alors, il a fallu placer un cadre. C’est la structure fondatrice de toute photographie. Et il est impossible d’y échapper : il faut penser le cadre comme une fenêtre par laquelle le monde nous est donné à regarder.
Et cette fenêtre ne pouvait dévoiler que la plus stricte vérité.
Ce cadre, il devait être le même pour toutes, par souci de justesse, d’égalité, d’honnêteté.
L’exercice ne pourrait qu’être périlleux, difficile, délicat. Il fallait un fond neutre, deux éclairages, le plus souvent une seule optique dont l’angle de vision se rapproche au plus près de l’œil humain.

Pour ne pas se dérober, pour faire face. Aucun artifice, pas de coiffeuse, ni de maquilleuse, pas de costumière. Je leur demandais de « venir habillées de leur quotidien ». Pour ne garder que l’essentiel, finalement. Tout le reste devait être improvisé, décelé, ressenti. A corps perdus, elles ont mis leurs vies en apesanteur pour offrir leur féminité, leur intimité, leur combat à l’œil cyclopéen du grossier individu qu’est l’appareil photographique.

Nos rencontres, nos histoires ne pouvaient être dénuées de sincérité et de vérité.
Je me souviens de notre première séance photo dans une salle inadaptée à la photographie en studio. Nous étions dans un hôpital et dans un local trop petit. J’étais terrifié. J’avais peur de ne pas pouvoir me montrer à la hauteur de leurs attentes. De les décevoir.Mon épouse venait de donner naissance à notre fils, je me suis accroché alors à eux.
Je me souviens bien de cette première séance photo. Parce que ce jour là, malgré mes peurs, j’ai su que je ne reculerai pas.
Marie est entrée. Nous avons fait connaissance. Il s’est passé alors quelque chose de magique. Marie m’a offert le plus beau cadeau que l’on puisse faire à un photographe, elle m’a donné sa confiance. Aujourd’hui, elle est la couverture de ce livre, de son livre. Et son courage inonde les pages de son ouvrage.Et puis il y eu Corinne, Hélène, Antonie et toutes les autres femmes exceptionnelles que j’ai eu l’immense honneur de photographier.Au fil des mois, nous nous sommes réconforter, nous avons partagés nos vies, nos sourires, nos souffrances.
Nous avons échangés, appris à nous oublier pour se découvrir, s’aimer aussi, un peu, beaucoup.
Et tout cela dans un seul et unique but : révéler la force de leur personnalité.
Sans compromis, sans tricher.
Vous voulez savoir ? Je n’ai pas vu les cicatrices. Je n’ai pas vu de seins enlevés, de corps abîmés.
Je vous mentirais en vous disant le contraire parce que mon esprit, mon œil n’a rien vu de tout cela.
Sans doute parce qu’il était subjugué par leur féminité, par cette étincelle vive qui brille dans leur regard et par la vie qui déborde intensément d’elles.
Je l'ai écrit, je le répéterais sans cesse : J’ai été le témoin privilégié de ce que l’âme humaine fait de mieux quand elle affronte les flots déchaînés. Elle se révèle dans toute son intelligence et sa volonté, ses pensées et son cœur. Elle métamorphose le corps pour le rendre lumineux.Voyez leurs images. Elles sont le plus beaux des exemples.

Ces photographies, je dois le concéder, ont accompagnées chacun de mes jours depuis ces deux dernières années. Ce projet est le projet d’une vie. Il existe peu d'histoires aussi belles à raconter. Il y a peu de chances de pouvoir se rendre utile, une fois, dans sa vie.Ne vous y trompez pas, il ne s’agit pas ici d’une démarche photographique mais bien de rédemption. J’ai exposé mes ténèbres, elles m’ont donné leur lumière.
Elles m’ont reconstruit, je leur dois tant.
Je pense parfois à la réponse que m’a donné un éminent responsable d’une grande manifestation photographique du sud est de la France quand je lui ai proposé de parler de cet ouvrage.
"Pourquoi le cancer du sein en France " m’a-t-il demandé ? "Pourquoi pas en Angleterre ou au Nigeria ?"
Oui, pourquoi ? Pourquoi faut il parfois traverser les océans pour faire entendre la guerre des autres quand la guerre des nôtres reste silencieuse ? Et sans grand intérêt pour certains ?
A ceux la, je réponds invariablement sur le besoin urgent et vital de leur rendre hommage. De leur dire merci.
Merci d’être là à nos côtés, merci de nous pardonner à nous, pauvres fous, nos erreurs, nos silences et de ne pas les aimer suffisamment. Merci pour leurs sourires et la force qu’elles nous donnent. Merci de nous permettre d’assister à leur magnificence lorsqu’elle crée la vie. Merci à mon épouse de m’avoir fait père.
Je n’aurais jamais assez de mots pour leur avouer mon admiration.
Je tenais à leur dire, je tiens à vous le dire.

Ce livre est une promesse. Un présent. Un abri quand les tumultes grondent à votre porte. Regardez le, tournez ses pages. Nous l’avons voulu pour vous et pour toutes les femmes, afin de vous accompagner chaque jour dans votre vie, dans votre combat.
Ce livre c’est le leur, ces images ne sont que le reflet de leur générosité. La traduction visuelle de notre odyssée. La promesse d’un avenir.
Il y a quinze ans, dans un quartier pauvre de Washington DC, je suis tombé nez à nez avec une inscription qui n’a eu de cesse de me hanter depuis. Sur un mur de briques rouges, on pouvait lire un appel anonyme peint en lettres blanches.
Il demandait : « Peut on recycler la douleur ?» Pendant longtemps je n’ai pas eu de réponse à cette question. Aujourd’hui, grâce à Elles, je sais que cela est possible. Non seulement on le peut mais on le doit.
Et puis merci encore à Bruno, à Thierry pour être...simplement mes amis. Catherine Estève pour son dévouement à notre cause. Ariane pour ses conseils.

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